…j’ai vu mon grand-père fumer. Un seul jour.
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…j’ai mangé un steack pas bon. De la purée avec des grumeaux. Du vin rouge un peu vinaigreux… Alors que huit jours plus tôt, le filet mignon à 13$ de chez Verret avait fondu sur ma langue. Les rattes à la fleur de sel et au beurre de baratte étaient à point. Le bordeaux Léveillé Turpin était sublime. Les oignons confits succulents. Les semaines ne se ressemblent pas. Mes semaines ne se ressemblent plus.
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…je suis allé chercher mon premier chèque. Le premier chèque sans intermédiaire. Le premier client heureux. Ce jour c’était vendredi dernier.
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…ma maman m’a fait un cadeau. Un mouchoir écossais blanc et rose pâle en coton pour essuyer l’écran de mon Mac. Pas n’importe lequel. Son mouchoir de petite fille. Celui que ma grand mère lui glissait dans la poche avant de partir pour l’école. Celui qui a séché ses larmes de petite fille fragile. Ce mouchoir, je l’ai oublié un jour chez ma belle-soeur. Et elle ne l’a jamais retrouvé. Ce mouchoir disparu, c’est une petite douleur qui revient régulièrement dans mon coeur. C’est une des choses que je regrette le plus. Je grave ici le souvenir de cette petite chose qui m’a tant touché.
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…j’ai ouvert une bouteille de rosé qui m’est arrivée par la poste, ici, à Québec, de la part de mes mamie et maman. Ce jour c’est aujourd’hui. J’écoute les braves gens de Brassens. Il n’est pas assez frais. J’espère ne plus jamais vivre cette journée. Je prie pour. Je l’aime. C’est un beau cadeau qui me rappelle une époque plus que difficile. La montagne Sainte-Victoire et mon malaise. Mon autre vie. Mon autre moi. Un des autres mois. Une de mes autres vies.
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…j’ai réservé le nom de domaine yakilan.com pour mon projet de design d’intérieur. J’y crois pas mal.
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…j’ai écrit ça à mon amie Vanessa :
Coucou bein c’est pas grave j’en connais qui répondent pas mais qui en plus font croire que c’est moi qui garde pas contact! À ce que je vois t’es très heureuse de travailler là bas, alors moi du coup bein je suis très content pour toi aussi. Mais dis-moi qu’est-ce que tu fais exactement?
Pour ton séjour ici c’est pas bien grave non plus, la porte sera toujours ouverte quelque soit la date. Prends ton temps, détend-toi, pis quand tu seras un peu moins occupée, bein on sera très heureux de t’accueillir le temps que tu voudras.
C’est cool chez nous tu verras, on a un bel appart à l’extérieur de la ville, presque à la campagne, mais accessible quand même. C’est un petit quartier assez récent, on a tout refait à l’intérieur et on est très bien équipés. Je suis pas vraiment matérialiste mais ici faut dire que l’hiver est long, alors avoir un refuge confortable, c’est quand même agréable. Val a eu sa voiture, finalement elle a racheté celle de sa maman, une Toyota Matrix de 2005. Très bonne affaire car elle a une voiture en excellent état (une fois de plus c’est pratique en hiver quand tu pars du premier coup alors que les voisins arrivent pas à démarrer…) et pas de crédit sur le dos.
Moi je suis à mon compte depuis que j’ai eu ma résidence permanente en juin. Ça marche pas mal pour un début, je gagne bien ma vie sans être surchargé de boulot.
Voilà pour les news, raconte-moi un peu ta vie.
Bises mon amie.
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…j’ai écrit ça ailleurs :
Thursday 21 February 2008
Sur mon île, on se ballade en tongs et on appelle ça des savates.
Sur mon île, il y a autant de Noirs que de Blancs et de Jaunes. Et encore autant de mélanges. On les appelle les “Mélangés” et il n’y a jamais le moindre problème entre les différentes ethnies.
Sur mon île, tout le monde se tolère et tout le monde s’entraide. Les Noirs apprennent à pêcher aux blancs. Les Blancs invitent les Jaunes à manger le poisson pêché grâce au Noirs. Les Jaunes apprennent aux Blancs à tisser la fibre de coco.
Sur mon île, on change souvent de fonction. Si on le souhaite. Pour ne pas s’ennuyer et toujours apprendre.
Sur mon île on boit souvent des bières tièdes entre copains. Les femmes aiment aussi beaucoup la bière. On s’amuse bien et on finit souvent assez éméchés pour danser et chanter autour du feu sans la moindre gène.
Quand il y en a un qui a vraiment exagéré, on s’occupe de lui et on le protège, tout en continuant à s’amuser.
Sur mon île il fait toujours très beau. 28 degrés le jour et 24 la nuit. Il pleut 10 minutes chaque matin. Ainsi, mon île est recouverte de végétation : une forêt magnifique, des fleurs partout.
Sur mon île, on peut bien être gros, petit, maigre… Tout le monde s’en fou.
Il y a aussi beaucoup de chiens sur mon île. Mais ils n’ont pas de maître. Ils sont libres comme nous. Chaque soir, on leur laisse à manger devant la porte.
Sur mon île, il n’y a pas vraiment de hiérarchie. On demande conseil aux Vieux pour régler nos problèmes. Mais de toute façon, il n’y pas beaucoup de problèmes. On s’occupe bien des Vieux parce qu’ils ont tout à nous apprendre.
Quand une femme est attendrie par un homme sur mon île, elle lui offre un collier de fleurs. Souvent des fleurs de frangipanier.
Les femmes portent un hibiscus à l’oreille et les hommes une petite fleur blanche à cinq doigts qui ne pousse que sur mon île.
Il n’y a que deux saisons sur mon île. L’été et l’hiver. Mais la différence de température est infime. Seules les marées varient un peu, nous apportant des poissons différents à chaque période de l’année.
Tu ne vas peut-être pas me croire, mais mon île elle existe. Il y en a même plusieurs les une à coté des autres et elles se ressemblent beaucoup. Mon île à moi, c’est en fait deux îles sœurs qui partagent le même lagon. Celle de l’ouest, elle est un peu plus petite et un peu plus humide aussi. On y va les jours où on ne travaille pas et on y fait la fête tous ensemble, sur une plage magnifique. L’eau est verte à certains endroits. Comme une émeraude. Et puis bleu foncé où c’est plus profond. Et à la naissance du lagon, elle est si transparente qu’on pourrait l’oublier.
Et pendant ces journées de bonheur, on y mange des viandes et des fruits cuits à l’étouffé, dans un grand trou creusé à même le sable, et tapissé de pierres volcaniques brûlantes.
On y met du cochon, de la volaille, de la chèvre parfois et toutes sortes de poissons, de coquillages et de crustacés. Et puis on y mets le fruit de l’arbre à pain, et plusieurs variétés de grosses racines, toutes au goût différent et qui ressemblent à des patates. On prépare tout ça la nuit et on ouvre le four quand nos ombres disparaissent sous nos pieds.
J’y retournerai un jour. Je ne pourrai jamais oublier le chemin qui y mène.
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…j’ai écrit ça ailleurs :
Wednesday 23 January 2008
Ma grand-mère paternelle est à mourir de rire.
Pour exemple : le truc qui la fait le plus marrer, c’est la vieille blagounette “Y’a ma moto qu’a des ratés.” C’est pour dire. C’est pas le seul truc qui la rend irrésistible. Quand on passe une soirée avec elle, en général, elle est presque réservée pendant tout le repas. Et c’est au moment ou tout le monde est prêt à partir qu’elle se lâche avec ses blagues de grand-mère. Parfois, si le vent est bon, elle se fait tellement rire elle-même qu’elle court aux toilettes en urgence. Et généralement elle n’a pas le temps de s’y rendre, et, les larmes aux yeux, nous sort, la voix chevrottante : “Oh! Une goutte!”
Ça à pas l’air comme ça mais c’est plutôt mignon à voir, sa grand-mère qui rit.
Mon grand-père, lui, est plus réservé sur la rigolade, bien que pas triste du tout. Mais du coup, quand il sort une blague, c’est genre il l’a murie 2 ans dans sa tête, et c’est pas une simple blague, mais un projectile humoristique lancé à Mach 3 et qui détruit tout sur son passage. Surtout venant de quelqu’un peu habitué à la franche rigolade.
Pour exemple, la fois où, aux Antilles depuis dix jours, il remonte en voiture après une pause pipi et lance la phrase dont je me souviendrai toute ma vie (attention, faites place, je cite mon grand-père) : “Ah bein merde, à force de la foutre à la flotte, je la trouvais plus dis-donc!”
Et forcément, de l’autre côté de la voiture, une fine voix se fit entendre en lançant, en pleurs : “Oh! Une goutte!”
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…j’ai écrit ça ailleurs :
Wednesday 30 January 2008
Tous les mardis, quand j’étais petit (putain ça commence bien, on sent poindre le truc chiadé) ma petite maman m’emmenait au débit de tabac en sortant de l’école pour aller chercher le dernier numéro de Pif Gadget.
À chaque fois un nouveau gadget, plein de BD, enfin je vais pas faire le tour du bordel, tout le monde connaît ça pour peu qu’il aie grandit comme moi dans une cité HLM des années 80.
Tous les mardis après midi, pendant… au moins 5 ou 6 ans, je crevais d’impatience de sortir de l’école pour partager ce petit moment avec ma môman. Et les rares fois ou je n’y pensais pas, j’étais fou de joie quand ma mère ne prenait pas tout de suite le chemin du retour et que je comprenais finalement où on allait avant de rentrer à la maison.
Ce petit rituel à rythmé mon enfance. De très jeune à plus vieux.
Et puis un jour, on a décidé d’un commun accort de ne plus acheter Pif. Parce que ça faisait déjà longtemps que j’étais trop grand pour ça. On est allés comme d’habitude au débit de tabac de la ZUP. On à fouillé les étagères du coin magazines pour jeunes ados. Et on a fini par choisir Science et Vie Junior, que j’ai lu par la suite pendant des années. Ma maman m’a comme d’habitude donné de la petite monnaie pour que je paie tout seul comme un grand. Mais là j’étais vraiment devenu un grand. Elle a comme d’habitude poussé la porte vitrée de la boutique. Je l’ai suivie, Science et Vie à la main. Et j’ai jeté un dernier coup d’oeil, humide et discret, à la belle pancarte qui présentait le dernier numéro de mon ancien compagnon Pif Gadget.
Comme j’aimerais faire encore la moitié de sa taille et la tenir par la main depuis en bas. Je l’aime de tout mon coeur.
