…j’ai vu mon grand-père fumer. Un seul jour.
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…ma maman m’a fait un cadeau. Un mouchoir écossais blanc et rose pâle en coton pour essuyer l’écran de mon Mac. Pas n’importe lequel. Son mouchoir de petite fille. Celui que ma grand mère lui glissait dans la poche avant de partir pour l’école. Celui qui a séché ses larmes de petite fille fragile. Ce mouchoir, je l’ai oublié un jour chez ma belle-soeur. Et elle ne l’a jamais retrouvé. Ce mouchoir disparu, c’est une petite douleur qui revient régulièrement dans mon coeur. C’est une des choses que je regrette le plus. Je grave ici le souvenir de cette petite chose qui m’a tant touché.
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…j’ai ouvert une bouteille de rosé qui m’est arrivée par la poste, ici, à Québec, de la part de mes mamie et maman. Ce jour c’est aujourd’hui. J’écoute les braves gens de Brassens. Il n’est pas assez frais. J’espère ne plus jamais vivre cette journée. Je prie pour. Je l’aime. C’est un beau cadeau qui me rappelle une époque plus que difficile. La montagne Sainte-Victoire et mon malaise. Mon autre vie. Mon autre moi. Un des autres mois. Une de mes autres vies.
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…j’ai écrit ça ailleurs :
Wednesday 23 January 2008
Ma grand-mère paternelle est à mourir de rire.
Pour exemple : le truc qui la fait le plus marrer, c’est la vieille blagounette “Y’a ma moto qu’a des ratés.” C’est pour dire. C’est pas le seul truc qui la rend irrésistible. Quand on passe une soirée avec elle, en général, elle est presque réservée pendant tout le repas. Et c’est au moment ou tout le monde est prêt à partir qu’elle se lâche avec ses blagues de grand-mère. Parfois, si le vent est bon, elle se fait tellement rire elle-même qu’elle court aux toilettes en urgence. Et généralement elle n’a pas le temps de s’y rendre, et, les larmes aux yeux, nous sort, la voix chevrottante : “Oh! Une goutte!”
Ça à pas l’air comme ça mais c’est plutôt mignon à voir, sa grand-mère qui rit.
Mon grand-père, lui, est plus réservé sur la rigolade, bien que pas triste du tout. Mais du coup, quand il sort une blague, c’est genre il l’a murie 2 ans dans sa tête, et c’est pas une simple blague, mais un projectile humoristique lancé à Mach 3 et qui détruit tout sur son passage. Surtout venant de quelqu’un peu habitué à la franche rigolade.
Pour exemple, la fois où, aux Antilles depuis dix jours, il remonte en voiture après une pause pipi et lance la phrase dont je me souviendrai toute ma vie (attention, faites place, je cite mon grand-père) : “Ah bein merde, à force de la foutre à la flotte, je la trouvais plus dis-donc!”
Et forcément, de l’autre côté de la voiture, une fine voix se fit entendre en lançant, en pleurs : “Oh! Une goutte!”
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Wednesday 30 January 2008
Tous les mardis, quand j’étais petit (putain ça commence bien, on sent poindre le truc chiadé) ma petite maman m’emmenait au débit de tabac en sortant de l’école pour aller chercher le dernier numéro de Pif Gadget.
À chaque fois un nouveau gadget, plein de BD, enfin je vais pas faire le tour du bordel, tout le monde connaît ça pour peu qu’il aie grandit comme moi dans une cité HLM des années 80.
Tous les mardis après midi, pendant… au moins 5 ou 6 ans, je crevais d’impatience de sortir de l’école pour partager ce petit moment avec ma môman. Et les rares fois ou je n’y pensais pas, j’étais fou de joie quand ma mère ne prenait pas tout de suite le chemin du retour et que je comprenais finalement où on allait avant de rentrer à la maison.
Ce petit rituel à rythmé mon enfance. De très jeune à plus vieux.
Et puis un jour, on a décidé d’un commun accort de ne plus acheter Pif. Parce que ça faisait déjà longtemps que j’étais trop grand pour ça. On est allés comme d’habitude au débit de tabac de la ZUP. On à fouillé les étagères du coin magazines pour jeunes ados. Et on a fini par choisir Science et Vie Junior, que j’ai lu par la suite pendant des années. Ma maman m’a comme d’habitude donné de la petite monnaie pour que je paie tout seul comme un grand. Mais là j’étais vraiment devenu un grand. Elle a comme d’habitude poussé la porte vitrée de la boutique. Je l’ai suivie, Science et Vie à la main. Et j’ai jeté un dernier coup d’oeil, humide et discret, à la belle pancarte qui présentait le dernier numéro de mon ancien compagnon Pif Gadget.
Comme j’aimerais faire encore la moitié de sa taille et la tenir par la main depuis en bas. Je l’aime de tout mon coeur.
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Sunday 8 February 2004
Aïe.
Comme ça, par hasard.
Sans prévenir.En me promenant sur le net, je suis tombé sur ce site. À partir de cet instant, tout bascule. Mes jambes tremblent. Mon cœur s’emballe. Je revois mes instituteurs faisant les chasseurs d’images. Les petites pièces données par ma maman pour aller m’acheter une pochette d’images. Toutes ces pochettes achetées et dont on possède déjà toutes les images. Puis je repense à Panini et je vais sur leur site.
Encore pire.
Je revois mon grand père m’accueillir chez lui avec 4 ou 5 pochettes de “Taram et le chaudron magique” ou de “Bazil le détective privé”. Ma joie et la sienne quand on trouvait une image qui nous manquait. La tristesse des albums jamais complétés.
Je revois simplement tout l’amour qu’on m’a donné. Et je le mesure a peine. Mais plus qu’hier.Il va falloir que je songe à leur dire que je les aime.
Arrête de pleurer Ducon.
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…j’ai préparé quelques tomates farcies comme ma grand-mère le fait si bien. L’odeur de la farce me replongera toute ma vie dans cette enfance ouatée que j’ai tellement adorée… Je vais l’appeler demain. Lui demander encore sa recette. Même si je la connais déjà. Parce que je sais que ça lui fera très plaisir.
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…mon grand-père m’a montré ses photos d’Indochine. J’aimerais m’asseoir près de lui encore une fois et lui demander de me raconter tout ça… Tout ce que je ne peux pas imaginer. J’aimerais tout enregistrer. J’aimerais que ce qu’il a vécu ne disparaisse pas avec lui. J’aimerais en faire un livre. “Entretient avec mon autre moi.” J’aimerais en avoir le temps.
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6 April 2008
Et sinon, aujourd’hui, 6 avril, mon grand père a 82 ans. J’ai cru pendant quelques jours qu’ il ne les auraient jamais. Mais en fait oui, et en plus, il est en forme, bien qu’on lui aie retiré, il y a 3 semaines, le coeur, pendant sept heures, pour le rafistoler, puis qu’on lui aie remis dans le placard. Alors okay, il a un peu mal au cul, depuis. Mais hey. Il est vivant, je lui parle au téléphone, il rigole… toussa… Alors je suis toujours agnostique. Je sais toujours pas qui ni quoi est mon dieu. Je sais plus le prénom de mon ange gardien. Mais ce que je sais, c’est qu’il y a été pour quelque chose là dedans. Et que mon grand père et moi, on est liés. Plus que ça.
En fait, je crois qu’on est la même personne.
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…mon grand-père ne s’est plus assis à son petit établi de bricolage où il fabriquait avec soin et patience une petite jonque de bois clair. J’ai toujours été impressionné de voir ses gros doigts travailler le bois avec autant de précision. Un jour il ne s’y est donc plus assis. Il n’en a jamais parlé. Moi je sais qu’il tremble trop pour terminer son petit bateau.
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