…mon ex a essayé dans notre salon la jupe noire qu’elle venait d’acheter pour un mariage. Une belle jupe satinée avec un pli derrière qui faisait penser au noeud des robes à cerceau d’un certain film austro-hongrois… Elle faisait de grands pas avec un sourire de petite fille qui s’élargissait sans limites. Le tissus, assez épais, faisait un bruit de voile dans notre petit studio. C’était il y a longtemps. Dans une autre vie je crois.
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…j’ai mangé un steack pas bon. De la purée avec des grumeaux. Du vin rouge un peu vinaigreux… Alors que huit jours plus tôt, le filet mignon à 13$ de chez Verret avait fondu sur ma langue. Les rattes à la fleur de sel et au beurre de baratte étaient à point. Le bordeaux Léveillé Turpin était sublime. Les oignons confits succulents. Les semaines ne se ressemblent pas. Mes semaines ne se ressemblent plus.
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…j’ai ouvert une bouteille de rosé qui m’est arrivée par la poste, ici, à Québec, de la part de mes mamie et maman. Ce jour c’est aujourd’hui. J’écoute les braves gens de Brassens. Il n’est pas assez frais. J’espère ne plus jamais vivre cette journée. Je prie pour. Je l’aime. C’est un beau cadeau qui me rappelle une époque plus que difficile. La montagne Sainte-Victoire et mon malaise. Mon autre vie. Mon autre moi. Un des autres mois. Une de mes autres vies.
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…j’ai écrit ça à mon amie Vanessa :
Coucou bein c’est pas grave j’en connais qui répondent pas mais qui en plus font croire que c’est moi qui garde pas contact! À ce que je vois t’es très heureuse de travailler là bas, alors moi du coup bein je suis très content pour toi aussi. Mais dis-moi qu’est-ce que tu fais exactement?
Pour ton séjour ici c’est pas bien grave non plus, la porte sera toujours ouverte quelque soit la date. Prends ton temps, détend-toi, pis quand tu seras un peu moins occupée, bein on sera très heureux de t’accueillir le temps que tu voudras.
C’est cool chez nous tu verras, on a un bel appart à l’extérieur de la ville, presque à la campagne, mais accessible quand même. C’est un petit quartier assez récent, on a tout refait à l’intérieur et on est très bien équipés. Je suis pas vraiment matérialiste mais ici faut dire que l’hiver est long, alors avoir un refuge confortable, c’est quand même agréable. Val a eu sa voiture, finalement elle a racheté celle de sa maman, une Toyota Matrix de 2005. Très bonne affaire car elle a une voiture en excellent état (une fois de plus c’est pratique en hiver quand tu pars du premier coup alors que les voisins arrivent pas à démarrer…) et pas de crédit sur le dos.
Moi je suis à mon compte depuis que j’ai eu ma résidence permanente en juin. Ça marche pas mal pour un début, je gagne bien ma vie sans être surchargé de boulot.
Voilà pour les news, raconte-moi un peu ta vie.
Bises mon amie.
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…j’ai écrit ça ailleurs :
Thursday 21 February 2008
Sur mon île, on se ballade en tongs et on appelle ça des savates.
Sur mon île, il y a autant de Noirs que de Blancs et de Jaunes. Et encore autant de mélanges. On les appelle les “Mélangés” et il n’y a jamais le moindre problème entre les différentes ethnies.
Sur mon île, tout le monde se tolère et tout le monde s’entraide. Les Noirs apprennent à pêcher aux blancs. Les Blancs invitent les Jaunes à manger le poisson pêché grâce au Noirs. Les Jaunes apprennent aux Blancs à tisser la fibre de coco.
Sur mon île, on change souvent de fonction. Si on le souhaite. Pour ne pas s’ennuyer et toujours apprendre.
Sur mon île on boit souvent des bières tièdes entre copains. Les femmes aiment aussi beaucoup la bière. On s’amuse bien et on finit souvent assez éméchés pour danser et chanter autour du feu sans la moindre gène.
Quand il y en a un qui a vraiment exagéré, on s’occupe de lui et on le protège, tout en continuant à s’amuser.
Sur mon île il fait toujours très beau. 28 degrés le jour et 24 la nuit. Il pleut 10 minutes chaque matin. Ainsi, mon île est recouverte de végétation : une forêt magnifique, des fleurs partout.
Sur mon île, on peut bien être gros, petit, maigre… Tout le monde s’en fou.
Il y a aussi beaucoup de chiens sur mon île. Mais ils n’ont pas de maître. Ils sont libres comme nous. Chaque soir, on leur laisse à manger devant la porte.
Sur mon île, il n’y a pas vraiment de hiérarchie. On demande conseil aux Vieux pour régler nos problèmes. Mais de toute façon, il n’y pas beaucoup de problèmes. On s’occupe bien des Vieux parce qu’ils ont tout à nous apprendre.
Quand une femme est attendrie par un homme sur mon île, elle lui offre un collier de fleurs. Souvent des fleurs de frangipanier.
Les femmes portent un hibiscus à l’oreille et les hommes une petite fleur blanche à cinq doigts qui ne pousse que sur mon île.
Il n’y a que deux saisons sur mon île. L’été et l’hiver. Mais la différence de température est infime. Seules les marées varient un peu, nous apportant des poissons différents à chaque période de l’année.
Tu ne vas peut-être pas me croire, mais mon île elle existe. Il y en a même plusieurs les une à coté des autres et elles se ressemblent beaucoup. Mon île à moi, c’est en fait deux îles sœurs qui partagent le même lagon. Celle de l’ouest, elle est un peu plus petite et un peu plus humide aussi. On y va les jours où on ne travaille pas et on y fait la fête tous ensemble, sur une plage magnifique. L’eau est verte à certains endroits. Comme une émeraude. Et puis bleu foncé où c’est plus profond. Et à la naissance du lagon, elle est si transparente qu’on pourrait l’oublier.
Et pendant ces journées de bonheur, on y mange des viandes et des fruits cuits à l’étouffé, dans un grand trou creusé à même le sable, et tapissé de pierres volcaniques brûlantes.
On y met du cochon, de la volaille, de la chèvre parfois et toutes sortes de poissons, de coquillages et de crustacés. Et puis on y mets le fruit de l’arbre à pain, et plusieurs variétés de grosses racines, toutes au goût différent et qui ressemblent à des patates. On prépare tout ça la nuit et on ouvre le four quand nos ombres disparaissent sous nos pieds.
J’y retournerai un jour. Je ne pourrai jamais oublier le chemin qui y mène.
